20 juillet, 2007


LE FUMEUR CELESTE

Toute une vie durant à téter la cartouche
Il frôla au printemps la main de Sainte Nitouche
Chose terrible en ce temps qu'être pris au dépourvu
Mourir si violemment bien plus tôt que prévu

Sans avoir eu le temps de prendre la moindre douche
La vieille faucheuse tire sur une clope un peu louche
Elle vient de l'appeler d'une voix d'outre-tombe
A l'ultime céphalée le voilà qui succombe

A Saint-Pierre qui s'approche il s'adresse en ces mots
"Auriez-vous dans vos poches quelconque Marlboro
Sans que je vous désoblige, Monsieur le costumé ?"
N'ayant pas pris ses tiges, il n'a rien à fumer

C'est alors qu'arriva le grand Père supérieur
"Comme disait Jéhovah, fit-il d'un ton rieur
Un cône au coin du bec, deux patches sur les ailes,
Quand le tabac est sec, ton paquet renouvelle !"

"C'est pourquoi je te renvoie sur Terre pour quelques heures
Chercher des Riz Lacroix et mon Amsterdamer
Fais du tour des tabacs les divines provisions"
L'autre espérait tout bas réussir l'évasion

Ce fut la seconde fois que l'on vit un messie
Ce coup-ci sans les rois ni les cérémonies
Il se fit oublier de tous, de Dieu le Père
Personne ne l'a revu, pas même Lucifer.