30 octobre, 2006



MAREE HAUTE


"L'essentiel est invisible pour les yeux
Avec le coeur on voit bien mieux"
Mais le brouillard se fait plus dense
Au fond des billes en souffrance

Une légère brume naît dans leur creux
Certains coups de fils vous rendent vieux
Marée haute au canal lacrymal
Alerte à la larme matinale

La péniche noire flotte sur l'eau calme
Elle garde une place pour mon âme
En poussant bien tous les chagrins
On doit pouvoir y mettre le mien

Quand le voyage s'arrêtera
Dans quelques jours ou quelques mois
On a tous besoin de souffrir
Pour savoir qu'on ne veut pas mourir

La mort d'un proche rappelle la nôtre
Tout comme la maladie des autres
Ces vraies douleurs si contagieuses
En deviennent presque lumineuses

La peine n'est pas un but en soi
Juste un moyen de comprendre pourquoi
Et comment on doit s'en échapper
Pour que la vie puisse nous rattraper.


LA TEIGNE EST TROP NAIVE

Je me suis fait piquer
Ca m'est tombé dessus
Je me suis fait mickey
Ca ne m'a pas déçu

Et se faire dévorer
Par un doux parasite
J'ai vraiment adoré
D'autant plus que m'habite

Un sentiment étrange
D'avoir sur lui vaincu
Ce désir que l'on range
Au fond du convaincu

En deux mots comme un seul
Elle m'a presque tondu
Au poil dans mon linceul
Je n'ai pas tout perdu

Pour m'avoir tant saigné
D'y penser j'en salive
Elle croit avoir gagné
La teigne est trop naïve


HEUREUX QUI COMME ULYSSE DEUX MILLE SIX

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage
Ou comme cestui-là qui conquit la toison
Et puis est revenu, plein d'usage et raison
Vivre entre ses parents le reste de son âge
Quand reverrai-je hélas...

Et merle, purin de chtaros au beau milieu du zen
Ca me fait le blair d'Idargos, comment cerner Hélène
Il faut que j'appelle Minos, j'en suis plus à un alien

C'est vrai quoi, vraiment pas d'crû
L'unique Homère l'a jamais raconté
Comment Ulysse le fort, l'invaincu
Par l'acné fut démonté
Ecumé de sa mère, puis porté disparu
La honte au bout du coeur, le mutin fâché

J'allais pourtant l'emballer
A bord de mon char trois chevaux
Direction le Pirée
Pour la boîte des héros
Là-bas je larguais Circée
Elle m'avait trop briqué l'cerveau

Heureux qui comme Ulysse
A fait un beau voyage
Mais tu vois Fils,
Tout ça, c'est plus d'mon âge...

Mais cette nuit pas l'ombre d'une branche
Ma mite, je lai rangée avec mon couteau
Et décidé de rentrer au ranch
Partant du port sur mon vaisseau
Poséidon a eu sa revanche
J'ai pas compris, comme une voie d'eau

Oh, en deux coups d'cuillère à pot
Mes aventures prirent fin
Plus de sirène, de Scylla, de Calypso
Pour une sombre histoire de baisemain
Le Dieu vengeur m'expédia sous les flots
Mais qui racontera ça demain ?

Heureux qui comme Ulysse
A fait un beau voyage
Mais tu vois Fils
Tout ça, c'est plus de mon âge...

DUEL AUX CHANDELLES

Cette fois c'en est trop
Tu as franchi la ligne jaune
Veux-tu donc ma peau
Ma petite amazone ?

Au cours de ce dîner
Comme à ton habitude
Tu as froncé le nez
Quelle douce ingratitude

Duel aux chandelles
Plus sûre sera ma belle

Après tout mon amour
Je t'avais mijoté
Un souper de velours
Mais tu as sangloté

Tu m'as bien fait comprendre
Que tu n'envisageais pas
Avec larmes à revendre
De partager ton repas

Duel aux chandelles
Plus dure est ma rebelle

Ma belle demoiselle
Dînera seule ce soir
Du haut de sa citadelle
Elle hurle sa victoire

Pourquoi se disputer
Toujours plus forte que moi
Je ne veux plus lutter
Tu n'as que seize mois

Duel aux chandelles
Plus pure des Machiavel

29 octobre, 2006


L'ORPHELINE DE VENUS

Et puis quoi merde à la fin
On n’est pas obligé d’être tous en couple
J’en ai soupé de tous ces morts de faim
Qui veulent jouer à la poupée de cuir et plastique souple
Pourquoi n’a-t-on plus le droit
A des lèvres pulpeuses et un cul incendiaire
A trente ans plus qu’à vingt-trois
De tomber amoureuse d’un vrai célibataire
Il faudrait que je partage
Cette chaude aventure avec une autre vie
Plus que d’avoir passé l’âge
Je suis moins sûr de l’envie
Au fond de mes filets résille
Serrer le plus beau des poissons
Frôler son épine, ah, elle pétille
Lui arracher fute et caleçon
Alors je lui sors le grand jeu
La toupie infernale en briquette japonaise
Puis c’est le condom hors-jeu
La recette maison d’une grande mayonnaise
Mais ce soir c’est tranquille
Excepté mon dîner point de sauce en sus
Ni d’homme à croquer dans une posture virile
Un peu abandonnée, l’orpheline de Vénus

18 octobre, 2006

UN TAUREAU AU CUIR TENDRE

J'ai vu mourir mon père coincé dans l'arène
De piques dans le flanc et d'épées dans la tête
Privé de ses oreilles il n'était plus le même
Applaudi par la foule, mais sourd, c'est bête...

Certes avant d'y passer il m'avait prévenu :
"Reprends le flambeau et bouffe du torero
Découpe-lui son costume qu'il en ressorte nu
Tu pourras faire le beau et sortir en héros."

Pour mon premier combat et ne pas être blaireau
Je me suis entraîné en soulevant de la fonte :
Cent kilos par sabot, ça vous forge un taureau,
Ainsi suis-je devenu l'aîné des mastodontes.

"L'espagnol, l'espagnol" m'acclamaient tous les veaux.
Dans le pré d'herbe tendre, couvert de fiers lauriers,
J'imaginais déjà un ultime Nimeno,
Son costume à reprendre, un poil contrarié.

La réalité fut sensiblement différente :
Me ruant sur le clown dès la première seconde,
Je vis une toréra et des plus attirantes,
Plus loin de Danyboon que de la fraîche Joconde.

Par toutes les cornes de la Terre,
C'était Marie Sara qui cette fois me cherchait !
Elle contrariait mes plans la Bonne Mère,
De son corps svelte dès lors m'amourachai...

Elle tomba la muleta, je la pris sur mon dos,
Et la suite me montra que je n'avais pas tort :
On a vu des taureaux aimer des toreros,
Elle m'a donné depuis un charmant Minotaure !

15 octobre, 2006


J'AI BRAQUE TON AME

J'ai braqué ton âme un soir d'erreur
Elle s'est mordue de douleur jusqu'au sein
Je ne visais pas ton coeur mais le mien

J'ai braqué ton âme un soir de peur
Comme on braque une banque en petit braqueur branque
Puis j'ai tiré du tank d'un pauvre rocker en manque

L'abus t'a pénétré sans pourtant éclater
Ton âme l'a encaissé
Habituée à ces hostilités

Sans même chercher à l'éviter
Elle fut grièvement blessée
Dans sa profonde complicité

J'ai troqué mon arme pour l'Armée du salut
Le salut de ton âme qui m'en a bien voulu
J'ai mérité cette gifle que tu ne m'as pas donnée
C'est mon coeur qui renifle de n'être pardonné

Que ça me serve de leçon une bonne fois pour toutes
Ou que j'en paye la rançon mais de cela je doute
Otage de ma colère je me tiens prisonnier
La rage est rancunière et l'amour buissonnier.

LE TYRAN

Cela fera deux mois le dix
Que le pouvoir a changé de main
Pour être précis ces douze heures six
Vont faire chanter nos lendemains

Tout est allé si vite
Réquisition des meubles, des pièces
Libertés surveillées, plus de visites
Des cris pour modérer la liesse

La conscription fut générale
Plus de dérogation foireuse
Toute désertion sera fatale
Et n'aura pas d'issue heureuse

En pleine nuit un ordre peut jaillir
Le général a faim crie-t-on soudain
Il hurle, s'agite pour se faire obéir
Et sa faim justifie nos moyens

Il boit, il pète, il rote
Aucune tenue, si peu d'éducation
Nous somme si fiers de notre despote
Roméo, frère cadet de Lison

Une garde robe si impériale
Que toute princesse serait flattée
D'accompagner aux plus grands bals
Le tyran en Audi Tétée

Mais elle devra patienter
Encore un peu, il n'est pas prêt
Ses couches sont encore trop lestées
Et il ne boit que du lait frais

Il boit, il pète, il rote
Aucune tenue, si peu d'éducation
Nous l'aimons tant notre despote
Qui réclame toute notre attention

Nous aimons tant notre despote
Que nous sommes en adoration
Devant nos monstres en couches-culottes
Qui nous font souffrir la passion

11 octobre, 2006

ACCORDS PERDUS


Trouble exigence, double existence
J'avance comme je pense
Je pense donc j'essuie
Les plâtres de mes accords perdus
Enfin, pas pour tout le monde
Tous ceux que je poursuis
Et pour qui je serai pendu
A cette corde vers l'outre-tombe
Petit monte charge vaniteux
Qui ne monte que ce qu'il veut
Mais descend tout ce qui passe
Maigre ascenseur véreux
Trépassant aux aveux
Descendu dans l'impasse
Trouble expérience, double pénitence
La honte pour le désir
La peur pour le plaisir
De la plus haute importance
C'est combien un avenir
L'omnibus pour mourir
Ca vaut l'envie de traîner
Sans s'ennuyer avant de caner
Sécher la Vieille en étant fier
Qu'elle trouve alors dans son carnet
A mon nom la mention "ajourné"
Et réussir sa mort buissonnière
Si peu de choses te gardent en vie
Alors fais les comptes et vise
Le bonheur est affaire d'envie
A chaque instant rafler la mise
Après, tu mets la barre à ton niveau :
Moi, on m'a jamais appris le caniveau.
RIEN NE VA PLUS

Rien ne va plus
Les jeux sont faits
Et je suis à la rue
Complètement défait

Mes doigts fourmillent
Mon coeur s'emballe
Il dilate mes pupilles
Et ma peau se sent mal

Pourquoi en deux secondes
Le temps d'une pensée noire
C'est tout mon corps qui tombe
Ce matin qui fait soir

Impossible de contrôler
Cette panique inconnue
Fermer les yeux, souffler
Non, rien ne va plus...

Comme avant, ni après
J'aimerais ne pas être maintenant
Mais sous le chant d'un cyprès
Dans un calme apaisant

Je me sens si perdu
Là, les arbres cèdent la parole
Aux quelques cris aigus
De petites herbes folles

Une herbe m'a sauvé
Elle m'a aidé à guérir
Je ne peux la fumer
Pourtant elle me fait rire

Elle a poussé neuf mois
Je l'attendais gentiment
Elle est venue à moi
Du ventre de sa maman

Il me prend tant de temps
Je n'ai que lui à pANser
Il me donne tant et tant
J'en suis récompensé

Comme un médicament
C'est un remède unique
Mon petit homme calmant
Sans forme générique

Le seul hic dans l'histoire
Lorsque mes doigts fourmillent
Pour vaincre me idées noires
...J'agrandis la famille !

05 octobre, 2006

SLAM DE FOND
Le rudeboy en carton slame son blog en béton
Pas moyen d'y échapper sans se faire écharper
Trop fort l'asticot, trop mort le hasch Tico
Tico par ci, Tico-Tico par là
Tu vois Tuco, le monde se divise en deux catégories
Ceux qui ont une plume chargée et ceux qui creusent :
Toi, tu creuses ta tombe tous les jours
Moi, je sors de la mienne depuis toujours
Depuis que je l'ai appris, je vis plus vrai
Sans freiner, à pleurer, à rire et à crier
Tout vaut la peine de réagir et de gueuler
Mais trop aussi à dégueuler
La haine, la peine, l'f-haine
L'effet Leffe en pure laine
Habillé pour l'hiver
Babiller pour Hitler
De rien c'est toujours trop
Trop triste, trop simple
Trop simpliste
Regarde nous, nos faces de craies et de suie
Regarde donc nos traces et suis
Le puma, les bandes ou la virgule
Ces marques qui vendent et quand tout recule
L'uniforme nous absorbe, et la pub nous absurde
Dans ce brut de monde la bêtise s'est faite homme.

Alors ?

Que nos têtes brunes et blondes soient meilleures que nous sommes.