24 juillet, 2007


L'ANKOU RAGE

Personne ne sait ici comment tu as réussi
Le hold-up du siècle en braquant le Paradis
Devant le Père de Jésus-Christ tu devais être nu
Ton nom était écrit, ton heure était venue

Mais tu as filé à l'anglaise devant l'illustre Saint-Pierre
En ne te présentant pas, tu es devenue une âme qui erre
Et là-haut comme en bas, tout le monde te cherche partout
Un contrat est sur toi, ils ont mandé l'Ankou

L'Ankou a bien changé depuis le fond des âges
Elle n'obéit plus aux ordres des grands mages
Elle ne parle plus qu'en termes de stock options
La mort est un métier à rendement optimum

Plus question de bosser gratis pour Dieu ou Lucifer
Elle veut être rétribuée comme tout bon mercenaire
Mais pour ta tête elle a fait une réduc'
Elle va te faire ta fête, une énorme Saint-Luc

En te ratant la dernière fois quand tu rentrais de soirée
C'était la neuvième fois que tu faisais tout foirer
Avec tes paquets de clopes et tes verres quotidiens
La Mort t'a fait crédit et la vie te le rend bien

Ankou style, Ankou style, c'est la bataille

Maintenant ça suffit, il faut te résigner
Dimanche soir à vingt heures l'Ankou vient te chercher
Comment ça t'arrange pas ? Tu veux voir la finale ?
Mais tu penses à la faucheuse quand tu n'es pas au plus mal ?

Elle en a marre d'avoir honte chaque fois que tu t'échappes
Quand le soir au bord d'une falaise en voiture tu dérapes
L'Ankou voudrait pour toi plus que des écorchures
Et tu t'en sors indemne sans une égratignure

Maintenant fais ta valise, n'y mets que tes péchés dedans
T'a-t-elle dit dimanche soir en pleine première mi-temps
Pas même le temps d'une bière elle a porté le coup
Qui t'a jeté sous terre, contrat rempli pour l'Ankou

Tu retrouves ta famille, ton père parti trop tôt
Tu rejoins tes deux filles devenues jolis lots
Des copains, des amis quittés adolescents
A toi maintenant d'attendre, à toi d'être patient...

23 juillet, 2007



LA DIVA EN DEROUTE

Trench coat cintré sur mes épaules
Rouge à lèvre Dior et contour noir
Gel sur mes mèches, un peu de khôl
Diesel bien strech, Chanel du soir

Sandales aux pieds fraîchement achetées
Pas de chaussettes aux pattes
Juste deux souliers aux reflets pailletés
Pas de socquette en laine, ces trucs ça gratte

Cela fait dix minutes que je souffre le martyr
Mes orteils sont en sang et la peau se déchire
Les cloques de mes pieds ne font qu'un avec le cuir
En plastique de mes shoes et je n'ose rien dire

Même la môme de trois ans est mieux équipée que moi
Des baskets qui courent vite, la poussette quand ça monte
Ni Lancôme pour enfant ni grole en peau de chamois
Une pensée vient, m'habite, ça s'appelle la honte...

PERDRE ET GAGNER

Vouloir gagner du temps c'est parfois perdre la vie
Tel le beauf au volant
Alors que l'on gagne parfois sa vie en perdant son temps,
Tel le vigile à Auchan
Perdre son sang froid sans garder la vie sauve
Le genre Fracass'Man de service
Ou garder la tête froide sans avoir le sang chaud
Sancho, pas ça, non, pas ça fils...
Se laisser gagner par ses émotions et perdre un peu le contrôle
Ou prendre le contrôle et perdre en sensations
Prendre les gens pour des cons et les laisser pour ce qu'ils sont
Perdre la main à la roulette en gardant la raison
Puis prendre la main d'une poulette et perdre la raison
Demander sa main sans prendre de précaution
Te prendre une veste ou un râteau et pleurer ton coeur en deuil
Laisser l'avenir à ceux qui se lèvent tôt et blesser ton orgueil.

LE CORBEAU

Sur le quartier les nuages se font lourds
Ils portent le silence et la colère des habitants
Tout le monde sait maintenant qui fait l'amour
Adultère grâce aux messages intermittents

On renseigne, on espionne, on écoute
Tous les faits et gestes sont vite rapportés
Qu'en chaque innocent germe le doute
Que chaque mensonge soit plus lourd à porter

Lettre, radio, portable ou télégramme
Le corbeau ouvre son bec bavard et malfaisant
Il n'atteint le bonheur que lorsque éclatent les drames
Et met un point d'honneur à être malveillant

La boulangère montre ses miches pour qui veut bien payer
Le charcutier rajoute des chats à ses viandes de l'étal
Il aime enfiler des bas noirs et des strings panthère rayés
Dans les soirées à thème jugées un peu spéciales

Eh bonjour monsieur du corbeau
Que vous êtes joli, que vous me semblez beau
Sans mentir si votre ramage se rapporte à votre plumage
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois

L'instit est un poivraud qui fait fumer ses gosses
Sa femme est une catin qui ne paye pas ses courses
Elle n'a pas son pareil pour faire pousser la bosse
Au vigile de service en parlant de la Bourse

Monsieur Perron, pharmacien de son état
Semble très tolérant en matière de Subutex
Pour les jeunes en manque et sans duplicata
Il approvisionne contre un peu de latex

Eh bonjour monsieur du corbeau
Que vous êtes joli, que vous me semblez beau
Sans mentir si votre ramage se rapporte à votre plumage
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois

Le dernier scoop en date attaque l'église
Si le dimanche pascal il prône la chasteté
Monsieur le curé pourtant semble avoir sa promise
Et même de source sûre cacher une belle portée

Face à cette oppression la résistance s'organise
On pose des questions, on le veut trépassé
Par une indiscrétion lors d'un concours de tise
On remonte le filon à la maréchaussée

Eh bonjour monsieur du corbeau
Que vous avez pâli, que vous me semblez gros
Sans mentir si votre tapage se rapporte à votre breuvage
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois
Le plus gros Obélix du côté de son foie
Un meilleur double mixte que Mauresmo Noah
Un Vercingétorix dans un cheval de Troie
Un pitt au regard fixe qui fait régner sa loi
Une barque sur le Styx qui coule avec son roi.

20 juillet, 2007




POURQUOI TANT DE HAINE

Pourquoi me réveille-t-on à six heures et demie
Alors que mes yeux sont encore endormis

Pourquoi me retires-tu ma poupée des mains
Lorsque je m'apprête à rentrer dans mon bain

Est-il indispensable de me sortir de l'eau
Abandonner ainsi Dora sur son radeau

Pour quelle raison m'impose-t-on ces couches
Craignez-vous la vision de quelque étron louche

Pensez-vous qu'il soit vraiment nécessaire
De me gaver de soupes de légumes verts

Que cachez-vous dans vos tiroirs fermés
Des mots à ne pas lire de vieux fantômes aimés

Pourquoi m'envoyer au bal des petits lits blancs
Quand mes yeux pleins de larmes sont ouverts tout en grand.

Pourquoi tant de haine
Quand je vous crie je t'aime

LE FUMEUR CELESTE

Toute une vie durant à téter la cartouche
Il frôla au printemps la main de Sainte Nitouche
Chose terrible en ce temps qu'être pris au dépourvu
Mourir si violemment bien plus tôt que prévu

Sans avoir eu le temps de prendre la moindre douche
La vieille faucheuse tire sur une clope un peu louche
Elle vient de l'appeler d'une voix d'outre-tombe
A l'ultime céphalée le voilà qui succombe

A Saint-Pierre qui s'approche il s'adresse en ces mots
"Auriez-vous dans vos poches quelconque Marlboro
Sans que je vous désoblige, Monsieur le costumé ?"
N'ayant pas pris ses tiges, il n'a rien à fumer

C'est alors qu'arriva le grand Père supérieur
"Comme disait Jéhovah, fit-il d'un ton rieur
Un cône au coin du bec, deux patches sur les ailes,
Quand le tabac est sec, ton paquet renouvelle !"

"C'est pourquoi je te renvoie sur Terre pour quelques heures
Chercher des Riz Lacroix et mon Amsterdamer
Fais du tour des tabacs les divines provisions"
L'autre espérait tout bas réussir l'évasion

Ce fut la seconde fois que l'on vit un messie
Ce coup-ci sans les rois ni les cérémonies
Il se fit oublier de tous, de Dieu le Père
Personne ne l'a revu, pas même Lucifer.